Friday, November 17, 2006

Heinrich von Kleist - Penthésilée

« Lorgnez sur elles encore longtemps
Au frais sous les sapins, pleins d’un désir impuissant,
Ou tenez-vous loin du lit de la bataille qui les berce… » (Scène 4)


« Où donc est le siège en mon sein mutilé
Du sentiment qui me terrasse ?
Je veux me jeter dans le tumulte du combat,
Là où m’attend son sourire narquois,
Et le vaincre ou ne plus vivre ! » (Scène 5)


« O une larme, très sainte,
Qui s’immisce dans le cœur des humains,
Et fait sonner toutes les alarmes du sentiment,
Et crie : désolation ! si bien que
Toutes ses sœurs facilement mues
Se jettent hors des yeux, forment un lac
Et pleurent la ruine de son âme. » (Scène 24)

Une pièce de théâtre que j’ai lue dernièrement, pièce d’un de ces tragiques auteurs du romantisme allemand de la fin du XVIIIème, qui finit, tels les héros antiques de son œuvre, déchiqueté, s’arrachant à la vie dans les bras de sa compagne dans un voyage funeste mais néanmoins volontaire. La pièce est une réinterprétation d’un épisode d’un mythe grec sur la guerre de Troie... Now, résumé.


Aux environs de Troie, alors habitaient des héros grecs Ulysse et Achille, lors de la guerre mythique, une horde d’amazones apparaît, répandant, sans qu’on en sache le but, mort et désolation dans les camps grecs et troyens. Dans le fracas des combats, Penthésilée, reine des amazones, aperçoit Achille et semble en tomber éperdument amoureux ; c’est du moins ce dont est convaincu le principal intéressé, Achille.
Pendant ce temps, les affrontements ne cessent de s’amplifier, miroirs des émotions tumultueuses entre les deux êtres singuliers. Bien que l’armée amazone ait fait assez de prisonniers males, but de leur violente intervention, Penthésilée refuse d’en finir et de revenir à Thémiscyre, leur royaume, car elle désire plus que tout capturer Achille, prince de ses rêves.
Finalement, après de multiples heurts et recherches, Achille vainc Penthésilée au combat, la jeune reine tombant alors inconsciente dans les bras de ses sœurs amazones et de sa fidèle Prothoé. La reine perdue est aux mains des grecs mais Prothoé convainc Achille de la laisser croire qu’elle est sortie victorieuse du duel. La reine, trompée par les apparences, lui révèle alors l’histoire et le dessein secret des amazones : filles d’Ares, peuple uniquement composé de femmes, pour perpétuer leur population féminine, elles doivent trouver et capturer, vierges guerrières, le père de leurs futures filles dans le fracas des combats lors de raids dévastateurs. Seules les combattantes victorieuses ramèneront à Thémiscyre ce désirable butin fait de chair et de sang, sensuel prisonnier qui se verra offrir une couronne de roses dans une fête placée sous la tutelle d’Artémis et sera traité comme un prince durant son séjour le temps de concevoir. Après avoir accompli sa tâche, le prisonnier sera amener à regagner son pays. Voici la règle, la haute loi qui astreint les amazones et que Penthésilée, reine de son comté, ne semble pas prête à transgresser.
Mais Achille brise ces tendres rêves en révélant à jeune vierge qu’en fait c’est elle et non lui qui est prisonnier. Dans un rebondissement inattendu, l’armée des amazones parvient néanmoins à libérer leur reine. Mais étrangement pour ses sœurs, Penthésilée « acclame » la délivrance avec morosité. Pour parvenir à retrouver la belle Penthésilée, Achille la défit en duel en lui faisant parvenir au préalable le message suivant : le vaincu sera le prisonnier de l’autre qui pourra alors le ramener victorieusement dans son royaume. Achille, assuré du désir et de l’attirance qu’il a sur Penthésilée, s’approche vers elle relâché afin de lui laisser les honneurs guerriers. Mais hélas Penthésilée, prise dans un tourbillon de violence et d’inconscience, perce le cou d’Achille d’une flèche et lui dévore la poitrine dans un délire sanguinaire, aidée en cet acte horrible par ses chiens de combat. Une fois revenue à ses esprits, s’apercevant avec effroi de l’horreur commise et par là de son rêve brisé, elle s’enferma dans l’abysse de sa solitude et finalement mourut sous la lame acéré de ses émotions…


Au final que dire de cette tragédie ? L’histoire n’est certes pas très « chiadée », le très classique et entendu amour couplé avec la mort… Les dialogues surprennent parfois, surtout les premières scènes avec ce lyrisme convenu d’héros grecs « conventionnels », d’« héros » non tiraillés par cette pulsion irrépressible qui nous pousse inlassablement à exprimer notre « inquiétante étrangeté » dans toute sa splendeur et son panache ; en un mot « l’assaut de la tempête » pourrait-on dire. Et quelque chose reste après la lecture…Ce concentré d’énergie, cette histoire toute tourbillonnante, frénétique, cette fougue romantique emplie d’exaltation qui semble trouver écho en chacun de nous...

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